
Un arbre planté aujourd’hui atteindra sa maturité dans un climat qui n’existe pas encore. C’est la difficulté propre au métier de paysagiste concepteur : nous dessinons avec un matériau vivant dont la durée de vie dépasse largement l’horizon des documents de planification.
Nous construisons nos palettes végétales à partir du site et de son évolution probable. Du village de montagne à la toiture d’immeuble de bureaux, chacun de nos projets appelle une composition différente, une provenance différente et un mode d’approvisionnement différent.
Les plantations s’installent aujourd’hui dans des conditions qui ne seront plus celles qu’elles connaîtront à maturité. Les épisodes de sécheresse s’allongent. Les gels tardifs persistent. Les excès ponctuels d’eau se multiplient. Les sols urbains chauffent davantage. Le paysagiste concepteur ne se demande donc plus : « Quelle essence pousse ici ? » Il se demande : « Quelle essence poussera encore ici ? »
C’est le parti explicite du projet de la place Sémard à Ambérieu-en-Bugey, dont l’ambition tient en une formule : habiter Ambérieu en 2050. La palette y est arbitrée en fonction du climat attendu, pas du climat observé.
La tentation est grande de compenser le réchauffement en important des essences méridionales. C’est un raccourci risqué. Le changement climatique ne déplace pas les régions vers le nord. Il crée des conditions inédites : plus de chaleur, des gels toujours possibles, des sols et des précipitations qui restent les mêmes.
Une palette solide se construit donc par la diversité et par la marge de sécurité, plutôt que par la substitution d’une flore par une autre.
Le premier facteur limitant reste presque toujours le sol : sa profondeur, sa réserve en eau, sa compacité. Vient ensuite l’exposition, puis le volume disponible pour les racines. Nous fixons ces contraintes avant de composer, jamais l’inverse.
La diversité des genres protège du risque sanitaire, et la diversité des strates crée les conditions de reprise de l’ensemble : l’herbacée protège le sol, l’arbustif abrite le jeune arbre, l’arbre finira par abriter tout le reste.
À Vernaison, la promenade de la résidence du Peronnet se développe sous la canopée d’arbres fruitiers, avec une palette comestible qui superpose l’usage nourricier et l’ombrage.
Deux végétaux de la même espèce n’ont pas le même comportement selon leur origine. Un sujet issu d’un écotype local est adapté aux conditions du site depuis des générations. C’est le sens des démarches de végétal local, qui garantissent l’origine géographique des végétaux sauvages, et plus largement du recours aux pépinières de proximité, qui réduit aussi le transport et le stress de reprise.
Le réemploi ne concerne pas que les matériaux inertes. Pour la résidence Amiral Courbet, à Lyon, toutes les plantations proviennent d’une filière de récupération de végétaux, la Société Protectrice des Végétaux. Des sujets destinés au rebut y trouvent une seconde vie. Nous les réemployons sur des sites adaptés. Cette démarche réduit fortement le coût d’approvisionnement.
Un jeune sujet s’installe plus vite qu’un gros sujet. Il le rattrape généralement en quelques années, avec un besoin d’arrosage moindre. Nous privilégions donc des tailles de plantation modestes et une préparation de sol soignée. Nous annonçons aussi clairement au maître d’ouvrage la période d’installation nécessaire. Cette approche évite de rechercher un effet immédiat, au prix de dix années d’interventions.
À Vernaison, la récupération des eaux pluviales alimente directement l’arrosage du potager, ce qui déconnecte l’usage nourricier du réseau d’eau potable.
Lauréats du concours en 2025, nous concevons le lot paysage d’un espace public majeur du quartier de la gare, quartier prioritaire de la politique de la ville, associé à un pôle d’équipements publics. L’adaptation de la palette végétale au changement climatique est inscrite dans le programme au même rang que la renaturation, la désimperméabilisation et la gestion des eaux pluviales. Trois mille neuf cent quarante-trois mètres carrés d’espaces publics, deux millions d’euros pour le lot paysage, avant-projet sommaire en cours.
L’adaptation climatique ne consiste pas toujours à anticiper la chaleur. Aux portes du Parc naturel régional du Vercors, la place de ce village étape de mille deux cents habitants appelait une palette adaptée au milieu montagnard, cohérente avec le grand paysage environnant et avec un mobilier en pierres locales taillées. Chantier en cours, livraison en décembre 2026.

Pour Lyon Métropole Habitat, à la rencontre de la plaine agricole, du tissu urbain et de la plaine alluviale du Rhône, la balade nourricière donne une place prédominante au végétal et à l’eau : arbres d’ombrage, palette comestible, récupération des eaux pluviales pour l’arrosage du potager, sols perméables. Neuf mille mètres carrés, quatre cent mille euros, chantier en cours.

Pour la SACVL, une pelouse fermée aux résidents devient un jardin de biodiversité planté d’essences locales, avec haies sèches, tas de pierres et de bois et nichoirs. La totalité des végétaux provient de la filière de récupération de plantes de la société protectrice des végétaux, et le mobilier est réalisé en bois issu de l’abattage d’un autre chantier. Cent cinquante mètres carrés, trente mille euros, réceptionné en juin 2025.


Sur les toitures et le patio d’un immeuble de bureaux du sixième arrondissement, dans un contexte urbain très minéral, aucune hauteur supplémentaire n’était mobilisable. Le projet installe des ambiances végétales variées et adaptées aux conditions très particulières de la toiture, épaisseur de substrat limitée, vent et ensoleillement, jusqu’à y accueillir la biodiversité dans un lieu qui lui est habituellement fermé. Trois mille mètres carrés, sept cent mille euros, réception en décembre 2024.

C’est une démarche de traçabilité qui garantit l’origine géographique des végétaux sauvages, collectés et multipliés dans la même zone biogéographique que le site de plantation. L’intérêt est double : les sujets sont adaptés aux conditions locales, et la diversité génétique des populations sauvages est préservée.
En expliquant. Une palette sobre, peu arrosée et à floraison discrète est parfois reçue comme un appauvrissement. Nous traitons cette question en concertation, au même titre que les usages, et nous conservons des séquences plus démonstratives aux endroits les plus fréquentés.
De jeunes plants dans la grande majorité des cas. Ils s’installent plus vite, souffrent moins du déficit racinaire, demandent moins d’arrosage et rattrapent souvent les gros sujets en quelques années. Les gros sujets se justifient sur les situations où l’effet immédiat est un enjeu de projet, en nombre limité.